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  • Cathie McMahon

Ma famille d'accueil m'a adopté

Mis à jour : 29 août 2020

Je m’appelle Véronique. J’ai 49 ans. J’ai la chance inouïe en ville d’avoir pu réaliser mon rêve de famille nombreuse dans un appartement au 4eme étage. Trois chiens (13, 13 et 6 ans), deux chats (12, 12 ans) cohabitent avec moi depuis la perte de notre petite chatte (15 ans) il y a un an.

La place est restée vide et je me suis préparée à amener un nouveau petit poilu dans la maison pour aider ce petit monde à ne pas vieillir trop vite. Il me restait à imaginer quelle meilleure façon pour permettre à un nouvel arrivant de s’adapter à une famille déjà existante.Le cauchemar a commencé : j’ai rempli des dizaines de dossiers pour être Famille d’accueil dans des tas d’associations. Soit je n’ai jamais été rappelée, soit pas dans les critères, soit tout simplement oubliée à de nombreuses reprises et des mois ont passé. J’ai finalement été mal à l’aise de donner ma Carte d’identité ou des photos de ma maison à des inconnus qui semblaient s’effacer de la surface de la terre de façon aussi inattendue qu’inquiétante. Et puis la BPA m’a contactée suite à un message FB. A ma grande surprise tout s’est passé de façon conviviale et simple, j’ai parlé à de «vrais gens» qui donnaient de «vraies informations» et qui «existaient en vrai». J’ai même rencontré une voisine qui était déjà famille d’accueil. Quelques jours plus tard, Laurence m’a demandé d’accueillir un lapin abandonné en urgence. J’ai d’abord dit «impossible» parce que je n’avais pas de cage...et puis, n’aimant pas ce mot la..j’ai posté sur le groupe FB de Levallois "quelqu’un a une cage pour un sauvetage de lapinous?" moins de 5 mn plus tard, j’avais une proposition de cage et quelques bricoles pour aider le sauvetage. bref..le ton était donné : nous serons famille d’accueil pour un lapin. Oui-oui a débarqué. Je devrai dire deux grandes oreilles ont déboulé à la maison. Il est impayable. Il a peur de rien, est super super à l’aise, communique très facilement un brin de caractère bien trempé et toute la maisonnée se met progressivement à vibrer de ce nouveau petit étranger...qui court, se secoue, saute, grimpe, découvre, renifle. Première conjonctivite qui se soigne très facilement, premier fil d’aspirateur qu’il apprend à ne pas couper. Il n’est pas câlin,lui, ce qu’il veut, c’est conquérir son espace et ma foi...il s’installe partout. Les câlins, les caresses, c’est pas trop son truc. Petit à petit nous nous habituons à ce charmant petit être tout doux et d’une audace assez prononcée. Il veut très vite abandonner la cage et courir partout à sa guise ce qui finalement ressemble assez bien à ce que j’aime chez les animaux. Trop petit pour être stérilisé, oui-oui est en très bonne santé et exerce son équilibre sur tous les meubles de la maison. Il montre des tas de pitreries, essaie des sauts improbables et développe un gout prononcé pour l’allongement brutal, l’endormissement dans des positions ou je me demande s’il vit encore, ou la glissade-dérapage au long cours sur le carrelage...je suis à la fois sous le charme...et dépassée. J’ai finalement assez peu aménagé la maison pour son arrivée mais je constate qu’il n’a en fait pas besoin de quoi que ce soit. Il est à l’âge ou il préfère dormir sous un meuble, grignoter du persil et de la lavande directement au pot de fleur et surtout il a deux habitudes assez drôles : il renverse ma tasse de café quand il a faim de céréales uniquement et mordille mon pied ou les tissus dans sa trajectoire quand il veut avancer. C’est net, rapide et facile à comprendre. Le confinement arrive et là...la lune de miel prend des allures de guerre civile. Le pilou se met à faire la loi, à uriner sur les autres messieurs de la maison, à se battre avec chacun ou presque et chaque jour commence à être une suite d’inquiétudes pour que personne ne soit en danger. Un vrai petit démon. Il ne cesse de chercher les ennuis. Pourtant, je vois bien qu’il fait de son mieux pour apprendre, pour comprendre mais ça le dépasse et ça me dépasse. Je fais des soins pour animaux et humains, autant vous dire qu’on en voit passer à la maison mais celui là, il devient agressif, territorial et sans compromis. Je vois bien que mes animaux en ont plein les pattes de ce petit tyran. Laurence que j’ai très souvent au téléphone a bien entendu ma difficulté et finalement, mon véto prend le relais en plein confinement du véto de l’association qui a fermé son accueil... Oui-oui doit être stérilisé au plus vite ! A ce moment là de mon histoire, j’avoue que ce temps m’a fait bien réfléchir à l’adoption de Oui-oui. On ne prend pas un animal à la légère dit -on, c’est vrai. Je commence même à me dire qu’être famille d’accueil devient risqué et pénible parce qu’ils sont nombreux, l’espace petit et que chacun de nous en a assez d’être coincé à l’intérieur.


Personne n’a 6 animaux sans un excellent vétérinaire qui comprend ses angoisses profondes. Le mien est plus que cela. L’intervention est programmée. Je profite de cette dérogation pour aller marcher au bois avec mes chiens. Première balade sans laisse depuis 6 semaines. Ou! Tous le monde respire. Je pose même Oui -oui dans l’herbe un instant avec un harnais et je le vois tout surpris, tout content de retrouver l’herbe, tout inquiet de la suite. Je laisse Oui-oui entre les mains de mes amis. Tous les gens qui ont des animaux connaissent ce dépôt, cette inquiétude, cette attente, même pour une intervention de routine et avec un véto qui connait ma famille depuis des années je peux parler sans crainte de l’adoption et de toutes ces implications pour chacun. Les conflits sont devenus importants et je ne sais pas quoi faire pour les calmer. mon vétérinaire me propose de prendre le temps de la stérilisation et de sa rémission pour décider. Ca me fait du bien d’en parler ! Oui-oui rentre à la maison le soir même un peu patraque. Je me rends compte en rentrant que tous mes animaux viennent le renifler et le regarder se remettre sans la moindre rancune. Oui-oui ne marque plus du tout son territoire sitôt rentré à la maison. Il n’est plus du tout agressif et le calme se réinstalle ou chacun se pousse un peu pour faire de la place. Sans trop y croire, je me remets à penser que ce petit est bien avec nous. C’est qu’il est maintenant en total liberté et n’use de sa cage que lorsque je veux lui apprendre quelque chose. Il grimpe de plus en plus haut et de plus en plus vite, et, heureusement, apprend très vite à ne rien détruire. il ne répond pas encore à son prénom mais choisit ses coins dans la maison. Mon vétérinaire a raison, oui-oui stérilisé change du tout au tout et redevient d’une facilité déconcertante.Le confinement se termine, j’ai presque décidé d’adopter oui-oui et presque oublié les tensions quand mes chats commencent à refuser d’aller dans leur litière parce que oui-oui surveille leur passage et les chasse...je déplace la cage, les litières, accompagne tout ce petit monde à réévaluer le sujet du territoire jour après jour pendant encore une dizaine de jours. Encore un une étape qui s’enclenche bien et encore une fois, chacun s’adapte.Et nous y sommes. Laurence m’a laissé quelques jours pour être sure de la décision d’adopter. Mais moi je ne veux plus quitter mon Oui-oui. Ma petite chienne le lèche tous les matins. Les chats ont repris le chemin de la litière. Oui- oui répond quand je l’appelle, tout le monde se regarde comme une famille ou presque. Enfin, pour me confirmer les choses le jour ou je dois rendre une réponse il saute sur mes genoux et lèche très très longuement mes mains et fourre sa tête et ses énormes oreilles entre mes deux mains et reste la. ma maison sent le café chaud, mes animaux dorment dans les coins, Oui-oui est dans mes mains et moi je fonds littéralement à cette vie que j’ai choisie et que j’adore. « C’est décidé, tu restes ! Pas question que tu repartes avec qui que ce soit d’autre ». Voila plusieurs mois maintenant que oui oui est avec nous. On a un peu oublié comment c’était avant lui et les moments de plaisir ont bien vite chassé les étapes éducatives difficiles. C’est une expérience merveilleuse. Je vois mes animaux découvrir un autre être vivant différent, j’ai la joie infinie de le découvrir si joyeux chaque jour. Tout le monde lui a fait une place même s’ils dorment sans se regarder pour l’instant. C’est rigolo on dirait qu’ils essaient de se montrer insensibles aux autres. Je les vois aussi apprendre de nouveaux comportements ensembles et ça me réjouit. Alors bien sur, parfois, un chat rentre dans sa cage, ils s’expliquent un peu mais en fait, ils ne se font et ne se sont jamais fait de mal en fait. Ils ont juste appris à se découvrir et j’ai pu être à la maison pour ces mois de prises de contact. La BPA a été là pour chaque étape, mon véto m’a aidée à faire ce qu’il fallait et c’est un lapin d’un caractère étonnant. Je l’ai promené en laisse trois fois avec mes chiens au bois. Il est curieux, pas apeuré, essaie d’entrer en contact avec les chiens qu’il croise...bref...un vrai plaisir pour moi même si je fais bien attention qu’une rencontre ne dégénère pas. c’est passionnant d’avoir un autre animal qu’un chien ou un chat. J’ai redécouvert les légumes frais de mon magasin, regardé des tas de vidéos d’éducation des lapins : bref, je me suis passionnée pour quelque chose de nouveau et de délicat et ça m’a fait du bien d’avoir une nouvelle passion.


Quand la BPA m’a proposé d’écrire cela, je ne savais pas trop quoi dire alors je ne peux que finir sur ceci : Adoptez, adoptez, adoptez. Découvrir un animal, l’accueillir, l’aider à s’adapter à un nouvel environnement nous rappelle que nous savons aimer, comprendre et aider bien plus que nous pensons et que nous avons un besoin profond de lien avec la nature sous toutes ces formes. C’est épatant d’avoir des animaux près de soi, c’est un paysage silencieux ou presque dans un appartement parisien, c’est une foule de situations bizarres quand on essaie de se comprendre, ce sont des réveils délicieux nez contre truffe. Alors bien sur, c’est aussi des ennuis, ça râle, ça salit un peu, ça agace souvent... mais en tout cas, j’ai choisi ces ennuis là et je ne regrette surement pas. Faites _le avec une association comme la BPA parce qu’ils sont sérieux, humains et présents : ça fait toute la différence quand on fait la démarche.

J’ai la chance inouïe de réaliser mon rêve d’une grande famille à poils.

Je vous la souhaite.

Véronique










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